FLASH INFO 07/10
A LA UNE
10 MILLIARDS POUR L'ÉCOLE 
SORTEZ LA CALCULETTE !
Dix milliards ! Le chiffre est rond, Ă©norme, facile Ă  retenir. Mais avant de signer le chĂšque, une petite question : pourquoi 10 ?  La mobilisation lycĂ©enne ne rĂ©clame dĂ©sormais plus seulement  davantage de moyens, l’Union syndicale lycĂ©enne exige un plan d’urgence de 10 milliards d’euros pour le bĂąti scolaire, accompagnĂ© d’embauches massives. Les organisations Ă©tudiantes rĂ©clament Ă©galement 150 000 places supplĂ©mentaires dans l’enseignement supĂ©rieur et la fin de Parcoursup, mais lorsqu'on rĂ©clame 10 milliards d'argent public, le contribuable est peut-ĂȘtre en droit de demander le devis. Pourquoi 10 milliards ? Pourquoi pas 8 ? Pourquoi pas 12 ? Combien d'Ă©tablissements faut-il rĂ©nover ? Quels travaux ?   
À quel prix ? Sur combien d'annĂ©es ? Selon quelles prioritĂ©s ? Qui a effectuĂ© le chiffrage ? Car 10 milliards ne sont pas une ligne perdue au fond d'un budget. À titre de comparaison, la mission  Enseignement scolaire  reprĂ©sente dĂ©jĂ  64,5 milliards d'euros en 2026 hors pensions et prĂšs de 89,6 milliards pensions comprises, contrairement Ă  l'image d'une Éducation nationale continuellement privĂ©e de moyens, les crĂ©dits de la mission hors pensions ont progressĂ© de 18,8 % depuis 2019, soit plus de 12 milliards d'euros supplĂ©mentaires. VoilĂ  qui mĂ©rite tout de mĂȘme une question politiquement incorrecte : 
AVANT DE DEMANDER TOUJOURS PLUS, POURRAIT-ON SAVOIR COMMENT EST DÉPENSÉ CE QUE NOUS DONNONS DÉJÀ ? 
La question est d'autant moins incongrue que le SĂ©nat relĂšve qu'en 2024, 1,1 milliard d'euros de crĂ©dits n'ont pas Ă©tĂ© consommĂ©s, et appelle lui-mĂȘme Ă  amĂ©liorer la budgĂ©tisation. Attention cependant aux caricatures : cela ne signifie Ă©videmment pas que tout va bien dans nos Ă©coles. Il existe des bĂątiments vieillissants, des classes chargĂ©es, des enseignants absents difficiles Ă  remplacer, des difficultĂ©s d'accompagnement des Ă©lĂšves handicapĂ©s. Les manifestants les dĂ©noncent et ces problĂšmes mĂ©ritent des rĂ©ponses. Mais justement. Une politique publique sĂ©rieuse commence-t-elle par annoncer un chiffre rond ou par Ă©tablir les besoins ? On devrait pouvoir dire : voilĂ  le nombre d'Ă©tablissements concernĂ©s, voilĂ  les travaux nĂ©cessaires, voilĂ  leur coĂ»t, voilĂ  le calendrier et voilĂ  les rĂ©sultats attendus.

 LE COUP DE BEC ! 
MADAME LA PROVISEURE, VOS OPINIONS VOUS APPARTIENNENT. PAS VOTRE FONCTION. 

 Une proviseure d'un lycĂ©e parisien refuse de rĂ©pondre aux questions de CNews. Son droit ? Certainement. Personne n'est obligĂ© d'accorder une interview,  mais voilĂ  qu'elle explique son refus par son dĂ©saccord avec la  ligne Ă©ditoriale  de la chaĂźne, lĂ , cela devient beaucoup plus intĂ©ressant. Cette dame ne s'exprimait pas dans son salon, devant des amis, en simple citoyenne. Elle Ă©tait proviseure d'un Ă©tablissement public confrontĂ©e Ă  un blocage de son lycĂ©e.  L'Éducation nationale est parfaitement claire : dans l'exercice de leurs fonctions, ses personnels sont soumis Ă  une stricte obligation de neutralitĂ© et doivent s'abstenir de manifester leurs opinions politiques. Alors posons une question toute simple.  Depuis quand un responsable du service public choisit-il les mĂ©dias auxquels il rĂ©pond en fonction de ses affinitĂ©s avec leur ligne Ă©ditoriale ?  CNews aujourd'hui, et demain ? Une proviseure de droite pourra-t-
elle expliquer qu'elle ne rĂ©pond pas Ă  LibĂ©ration parce qu'elle n'aime pas sa ligne Ă©ditoriale ? Un fonctionnaire conservateur pourra-t-il Ă©carter Mediapart ? Un directeur d'administration de gauche pourra-t-il refuser Le Figaro ? Et chacun constituera ainsi sa petite liste des journalistes frĂ©quentables selon ses convictions ?  Ce serait la nĂ©gation mĂȘme de la neutralitĂ© du service public.  Qu'une proviseure dĂ©teste CNews ne nous regarde pas. Qu'elle adore la chaĂźne ne nous regarderait pas davantage. Elle est libre de ses opinions. Mais lorsqu'elle agit Ăšs qualitĂ©s, ses prĂ©fĂ©rences politiques et mĂ©diatiques devraient rester au vestiaire.  Le plus Ă©tonnant est peut-ĂȘtre le moment choisi. Nous traversons une crise lycĂ©enne majeure. Des Ă©tablissements sont bloquĂ©s. Des violences ont lieu. Parents et Ă©lĂšves cherchent des informations. Et au milieu de tout cela, une responsable de l'Éducation nationale trouve nĂ©cessaire de faire connaĂźtre son jugement sur la ligne Ă©ditoriale d'un mĂ©dia. Était-ce vraiment indispensable ? À quelques mois de l'Ă©lection prĂ©sidentielle, le ministĂšre de l'Éducation nationale vient prĂ©cisĂ©ment de rappeler Ă  ses agents qu'une  vigilance accrue est nĂ©cessaire concernant leurs obligations dĂ©ontologiques et que leurs fonctions doivent ĂȘtre clairement distinguĂ©es de leurs engagements politiques personnels. VoilĂ  une excellente occasion d'appliquer la consigne.  Madame la proviseure, vous avez parfaitement le droit de ne pas rĂ©pondre aux journalistes.  Mais si vous refusez, un simple :  Je ne souhaite pas m'exprimer.   aurait suffi. Votre opinion sur leur ligne Ă©ditoriale ?  Gardez-la pour vous.  C'est aussi cela, la neutralitĂ©. 
Article L.121-2 du Code général de la fonction publique : dans l'exercice de leurs fonctions, les agents publics sont tenus à l'obligation de neutralité. Le coq attend la suite !

L'ANALYSE DU JOUR
LE COÛT INVISIBLE DU CHAOS

ET SI LES MARCHÉS PRÉSENTAIENT L’ ADDITION ?
On voit les lycĂ©es bloquĂ©s, les affrontements, les dĂ©gradations et les forces de l’ordre mobilisĂ©es. On voit beaucoup moins une autre consĂ©quence possible de la crise actuelle la perte de confiance de ceux qui financent la France.  Notre pays vit Ă  crĂ©dit, chaque annĂ©e, l’État doit emprunter pour financer son dĂ©ficit et renouveler une partie de sa dette arrivant Ă  Ă©chĂ©ance. Tant que les investisseurs acceptent de lui prĂȘter Ă  des conditions raisonnables, la
machine continue de tourner, mais les prĂȘteurs regardent uniquement les chiffres. 
La Banque de France ne prĂ©voyait en juin que 0,5 % de croissance en 2026, un dĂ©ficit public de 5,2 % du PIB en l’absence de mesures supplĂ©mentaires et une dette susceptible d'atteindre 122 % du PIB en 2028, elle prĂ©venait dĂ©jĂ  que la charge des intĂ©rĂȘts continuerait d'augmenter. 
À cette situation Ă©conomique fragile vient maintenant s’ajouter la crise politique et sociale. Le problĂšme n’est pas que les marchĂ©s regardent brĂ»ler une poubelle et dĂ©cident aussitĂŽt d’augmenter les taux. Le mĂ©canisme est beaucoup plus sĂ©rieux plus la crise sociale s’aggrave, plus le gouvernement risque d’avoir du mal Ă  imposer des Ă©conomies, plus il doit faire de concessions, plus la rĂ©duction du dĂ©ficit devient difficile et plus la trajectoire budgĂ©taire paraĂźt incertaine, plus les investisseurs peuvent demander cher pour prĂȘter Ă  la France. 
Nous commençons Ă  en voir les signes,  le rendement de l’emprunt français Ă  dix ans a dĂ©passĂ© 5 % la semaine derniĂšre, son plus haut niveau depuis prĂšs d’un quart de siĂšcle. 
Plus rĂ©vĂ©lateur encore : l’écart de taux entre la France et l’Allemagne a dĂ©passĂ© 150 points de base, un niveau qui n’avait plus Ă©tĂ© observĂ© depuis la crise des dettes souveraines europĂ©ennes de 2011. Cela ne signifie pas que la France est en faillite, les adjudications de dette française trouvent toujours preneurs et restent sursouscrites. 
La France dispose d’une Ă©conomie importante, d’une forte Ă©pargne, d’un systĂšme fiscal efficace et d'un systĂšme bancaire solide, nous ne sommes donc pas dans la situation de la GrĂšce lors de la crise de la zone euro, mais quelque chose a changĂ© : prĂȘter Ă  la France est dĂ©sormais considĂ©rĂ© comme plus risquĂ© qu’auparavant et c'est lĂ  que le cercle peut devenir dangereux : Faible croissance->dĂ©ficits persistants -> dette supplĂ©mentaire -> inquiĂ©tude des investisseurs -> taux plus Ă©levĂ©s -> intĂ©rĂȘts plus lourds -> dĂ©ficit encore plus difficile Ă  rĂ©duire. 
Ajoutons maintenant Ă  cette mĂ©canique une crise sociale durable et un pouvoir politique qui peine Ă  faire accepter des Ă©conomies : le cocktail mĂ©rite au minimum d'ĂȘtre surveillĂ© car le gouvernement se retrouve devant une Ă©quation redoutable: Dans la rue, on rĂ©clame davantage de moyens, dans les comptes publics, sur les marchĂ©s, ceux qui prĂȘtent l'argent demandent des garanties de plus en plus fortes sur la capacitĂ© de la France Ă  maĂźtriser sa dette. 
VoilĂ  peut-ĂȘtre le vĂ©ritable coĂ»t cachĂ© du chaos. 
Une voiture incendiĂ©e se remplace, une vitrine cassĂ©e se rĂ©pare, mais lorsque la confiance financiĂšre d'un pays se dĂ©tĂ©riore, ce sont des dizaines de milliards d'euros empruntĂ©s chaque annĂ©e qui peuvent progressivement coĂ»ter plus cher.  
Cette facture-là, contrairement aux images des émeutes, ne passe pas au journal télévisé, pourtant, au bout du compte, c'est bien le contribuable qui la paiera.
             L' AUTRE COUP DE BEC 
PARCOURSUP : ON SUPPRIME ET APRÈS ?
                       
 .
 Parmi les revendications des lycĂ©ens : Supprimer Parcoursup, et le lendemain matin, on fait quoi ? 
Il est toujours plus facile de supprimer un systĂšme que d'expliquer par quoi on va le remplacer. 
Parcoursup est stressant ? Certainement, il est complexe ? Pour beaucoup de familles, oui. Ses critĂšres peuvent manquer de lisibilitĂ© ? AmĂ©liorons-les, ses dĂ©lais et ses listes d'attente peuvent transformer la fin de terminale en interminable partie de poker ? Corrigeons-les, mais supprimons Parcoursup demain matin et un petit problĂšme restera posĂ© : que fait-on lorsqu'une formation dispose de 500 places et reçoit 3 000 candidatures ?  On pousse les murs ? On inscrit tout le monde ? On laisse chaque universitĂ© inventer son propre systĂšme dans son coin ? Ou bien ressort-on le bon vieux tirage au sort qu'avait connu APB ?  Pile : mĂ©decine/Face : sociologie ? Une orientation dĂ©cidĂ©e comme au casino : voilĂ  qui ferait certainement baisser le stress des familles ! Le paradoxe est d'ailleurs savoureux : Parcoursup lui-mĂȘme ne sĂ©lectionne pas les candidats, ce sont les Ă©tablissements d'enseignement supĂ©rieur, Ă  travers leurs commissions, qui examinent les dossiers et Ă©tablissent les classements. 
Supprimer le thermomĂštre ne fait donc pas tomber la fiĂšvre !  
Le vĂ©ritable problĂšme est ailleurs : comment rĂ©partir Ă©quitablement des candidats lorsqu'ils sont plus nombreux que les places disponibles ?  VoilĂ  le dĂ©bat intĂ©ressant :  faut-il donner davantage de poids aux rĂ©sultats scolaires ? Aux matiĂšres correspondant Ă  la formation demandĂ©e ? À la motivation ? Faut-il crĂ©er davantage de places dans les filiĂšres saturĂ©es ? Simplifier les critĂšres ? Rendre les classements beaucoup plus transparents ? Mieux accompagner ceux qui restent sans proposition ? Discutons-en, mais supprimons Parcoursup  sans prĂ©senter simultanĂ©ment un systĂšme de remplacement crĂ©dible, ce n'est pas  une rĂ©forme, c'est un slogan, et, puisque nous entrons dans une pĂ©riode oĂč les slogans vont pousser plus vite que les champignons, prenons une bonne habitude : 
À chaque fois que quelqu'un nous dira :  Supprimons ! posons-lui immĂ©diatement la question qui fĂąche :
                                               D'ACCORD. ON REMPLACE PAR QUOI ? 
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